Les enjeux du CRREF

Le projet du CRREF s’inscrit dans un double cadre, le premier d’ordre scientifique (le développement d’une recherche en éducation portant sur les besoins spécifiques de la Guadeloupe). Le second cadre est celui de la « mastérisation » de la formation des enseignants. L’arrière plan est celui de l’intégration programmée de l’IUFM à l’université.

 Enjeux scientifiques

La structuration de la recherche à l’université des Antilles et de la Guyane (UAG, depuis transformée en université des Antilles, UA) a favorisé le développement de la recherche en sciences sociales et humaines plutôt en Martinique, alors que dans le même temps, un besoin de recherches dans le domaine de l’éducation se manifeste en Guadeloupe. En effet, le modèle républicain d’un « même enseignement pour tous » (supposé assurer l’égalité sociale par l’école) montre clairement ses limites. L’institution scolaire le reconnaît. Par exemple, les dispositifs de type « zones d’éducation prioritaires » ou analogues ont été une des réponses apportées pour augmenter les réussites dans certaines zones jugés « difficiles ». Cependant, ces dispositifs se révèlent peu adaptés lorsqu’il s’agit de prendre en compte, à l’échelle d’un territoire comme la Région Guadeloupe ou la COM de Saint Martin, les réalités géographiques, culturelles, historiques, humaines, linguistiques et sociologiques des contextes éducatifs. Comment, dans ce cadre, proposer un système éducatif plus en harmonie avec son territoire, dans une période où s’expriment de fortes demandes à l’égard de l’école et de la formation initiale et continue des jeunes et des adultes ?

C’est dans cet environnement que le CRREF s’est fixé l’objectif d’identifier et de quantifier les effets des contextes particuliers sur l’enseignement des disciplines, les apprentissages scolaires et sur les pratiques professionnelles. Les travaux concernés se font en lien avec la spécificité linguistique et culturelle de la Guadeloupe mais aussi en relation avec les caractéristiques de son environnement (anthropologique, écologique, géologique…), souvent négligés dans ce type d’approche. Ces travaux s’inscrivent dans un cadre transverse aux problématiques didactiques (langues, mathématiques, sciences, EPS…) et dans l’axe stratégique territoires et sociétés retenu par l’UAG (devenue UA) pour son contrat 2010-2014.

Au final, ces travaux visent à pouvoir analyser les effets de ces différents contextes sur les performances du système éducatif dans l’optique de mieux le connaitre et d’en proposer des améliorations. C’est là où se situe le deuxième objectif du CRREF : produire et évaluer des ressources contextuelles innovantes. Pour l’enseignement secondaire, la majorité des enseignants est encore formée en métropole. Les documents pédagogiques tenant compte des contextes scientifiques ou culturels particuliers ne sont que peu disponibles (manuels scolaires nationaux, éditions locales). Ainsi, la production de ressources conformes aux programmes nationaux et qui prendraient en compte les effets de contextes identifiés, est une nécessité ressentie en Guadeloupe. Pour l’enseignement primaire, les ressources sont un peu plus développées, mais leur diffusion et leur utilisation restent limitées. De plus, des outils d’évaluation de ces productions, de leur efficacité sur l’enseignement, restent à concevoir et à mettre en œuvre.

 Enjeux de formation

Le processus de convergence enclenché au niveau européen exigeait de faire évoluer les modalités de formation des enseignants en France. La direction prise, rendre la possession d’un master obligatoire pour être enseignant titulaire, tant dans l’enseignement primaire que secondaire, conduit à modifier l’architecture de la formation. La volonté, affirmée dans l’ensemble des textes institutionnels sur la « mastérisation », d’y inclure (comme pour tout diplôme de master !) une initiation à la recherche oblige à adosser les masters conduisant à ces métiers à des équipes de recherche.

Ceci rendait indispensable la création d’un pôle de proximité de recherche en éducation en Guadeloupe, ce qui a conduit la présidence de l’UAG à apporter un soutien au CRREF lors de la négociation finale du contrat 2010-2014.

Ainsi, en s’appuyant notamment en Guadeloupe sur le CRREF, les maquettes du master éducation et formation de l’UAG (UA) ont pu prendre en compte la dimension recherche avec des expressions variées en fonction des spécialités : une initiation à la recherche en sciences humaines pour tous les étudiants ; enseignements d’histoire des sciences et techniques pour la spécialité « métiers de l’éducation et de la médiation scientifiques » ; enseignement de didactique disciplinaire en prise avec les travaux actuels ; enseignements plus spécialisés, liés aux travaux du CRREF, et contribuant à prendre en compte les caractéristiques du contexte dans la formation des enseignants. Les masters MEEF ont suivi la même voie. L’existence du CRREF permet de proposer, à coté de parcours menant aux métiers de l’enseignement, des parcours plus spécialisés :

 Enjeux partenariaux

Dès l’origine, le projet du CRREF se place délibérément dans la perspective d’un IUFM intégré à l’université des Antilles et de la Guyane. Dans ce cadre, le CRREF a affirmé sa volonté de continuer son développement autour d’une cohérence scientifique construite auparavant comme structure interne de l’IUFM. En même temps, le CRREF est ouvert aux diverses formes de collaboration avec les différentes équipes de l’UA dont, en particulier avec le CRILLASH (par exemple : séminaires, codirection du master) et le LAMIA. Les études sur les modes d’appréhension du réel dans les contextes caribéens et amérindiens et les recherches sur la didactique des langues (français langue seconde, langues régionales) de ce dernier laboratoire sont en interaction avec les objectifs du CRREF. Les ressources numériques développées dans le cadre de la bibliothèque numérique Caraïbe, Amazonie, plateau des Guyanes (MANIOC) et du Centre d’archives des documents ethnographiques de la Guyane (CADEG) sont à disposition du CRREF qui, réciproquement, enrichit MANIOC (en particulier en mettant à disposition des séminaires et conférences).

Le CRREF entend également travailler avec des équipes comparables dans son environnement géographique immédiat, une base étant les universités d’échange Inter Caraïbe (UNECAR) initiées par l’IUFM de Guadeloupe. Bien entendu, il a aussi besoin d’élargir son réseau, qui comprend des laboratoires plus extérieurs, spécialistes des questions d’éducation, de formation, de didactique comme par exemple :

  • Le laboratoire en informatique cognitive et environnements fonctionnels (LICEF, TELUQ) ;
  • le laboratoire « éducation et apprentissages » (EDA, EA 4071, Paris Sorbonne) ;
  • l’UMR Sciences Techniques Éducation Formation (STEF, UMR P1, ENS Cachan)  ;
  • l’UMR Apprentissage Didactique Éducation Formation (UMR P3, université de Provence, IFE)  ;
  • l’UMR Structure et Dynamique des Langues (SeDyl, UMR8202, CNRS INALCO, IRD ; LABEX EFL : http://www.labex-efl.org).

Enfin, l’intégration de l’IUFM a facilité en 2011 les relations nouées avec l’école doctorale de l’UAG. Dorénavant, les doctorants du CRREF relèvent de  l’école Doctorale N°588 de l’UA : Milieu insulaire tropical : dynamiques de développement, sociétés, patrimoine et culture dans l’espace Caraïbes-Amériques. Les étudiants doctorants concernées sont notamment des enseignants (enseignants maîtres formateurs, enseignants à statut second degré) impliqués dans la formation initiale et continue des maîtres et ayant acquis le niveau master. L’accueil d’étudiants en formation doctorale initiale, sur financement par contrat doctoraux, en sciences de l’éducation à débuté en 2013.

Publicités